UN DÉFI À SATAN

 

(Lieux: Barachois, près de percé)

Un ivrogne lance un défi à Satan 

      C'est aux environs de Barachois qu'on entend parler de cet étrange défi qui fut lancé au démon du cap Bon Ami et coûta la vie à ses deux imprudents auteurs, le dénouement tragique ayant eu pour théâtre le goulet du barachois de la rivière Malbaie, à Barachois même.

       

       

      Les deux hommes étaient des mécréants de la pire espèce, ivrognes, blasphémateurs, ne craignant ni Dieu ni Diable. Ils étaient partis en barque, un matin, pour aller rencontrer quelques compagnons au cap Bon Ami, emportant avec eux de nombreuses bouteilles d'eau-de-vie.

       

       

      Le trajet était long, et les libations fréquentes, si bien qu'en arrivant au pied du cap, l'un d'eux cru dans son délire apercevoir le diable en personne, qui avait élu domicile, à cet endroit pour attirer les navires sur les récifs de la côte et s'emparer des âmes des matelots impénitents.

       

       

      Notre ivrogne, à cette vue, prit une bouteille d'eau-de-vie, en bue une partie et lança le reste dans la direction du cap en criant: "Tiens! Bois à ma santé!"

      "Je te rencontrerai demain au goulet et t'offrirai un régal que tu n'oublieras jamais!" répondit une voix tonnante, du haut du cap. "Si tu n'es pas un lâche démon", blasphéma l'ivrogne, "tiens ta promesse et viens rencontrer le seul homme de la côte qui ne te craint pas!"

      Un violent coup de tonnerre fut la seul réponse. Les deux ivrognes revinrent alors à Barachois et racontèrent leur rencontre avec le démon du cap Bon Ami.

       

       

      Le lendemain, ils se mirent en route pour le rendez-vous, sans écouter les remontrances des gens du village. La mer était calme, sans une ride, et les deux hommes s'éloignaient rapidement. Mais ils avaient à peine franchi le goulet qu'une vague monstrueuse, soulevée soudainement, renversa la barque et les engloutit avant qu'on pût quoi que ce soit pour les sauver. C'était la réponse du démon au défi des ivrognes: il leur servait un régal qu'ils ne devaient jamais oublier.

       

       

      Lorsque leurs corps furent retrouvés, ils tenaient encore en main une bouteille à moitié vide et portant traces de doigts crochus.

 

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